Le milieu de l’itinérance en pleine tempête

Inclusion sociale
COVID-19
18 janvier 2022 •  Par Centraide

Les personnes en situation d’itinérance sont durement touchées par la 5e vague de COVID qui déferle sur le Grand Montréal en raison de l’arrivée du variant Omicron. Selon les estimations des intervenants terrain, on aurait dénombré dans les refuges au moins 500 cas positifs seulement au cours des deux premières semaines de janvier.

L’Hôtel Chrome au centre-ville, ainsi que le Stade de soccer de Montréal situé dans l’arrondissement Villeray–Saint Michel–Parc-Extension ont été réquisitionnés par la Ville de Montréal pour héberger les sans-abri déclarés positifs à la COVID. Les deux établissements offrent 470 places d’hébergement en zone protégée afin de limiter la propagation dans les refuges. À cela s’ajoutent plus de 1000 lits supplémentaires pour faire face aux grands froids de janvier et février.

L’hiver, la pandémie, l’augmentation importante du nombre de sans-abri, auxquels s’ajoutent une pénurie de main-d’œuvre, un manque de logement et une fragilisation de la santé mentale au sein de cette communauté, le milieu de l’itinérance est touché par une tempête de défis auxquels les divers partenaires doivent faire face. Centraide y ajoute sa connaissance des milieux, sa voix et sa contribution.


Deux fois plus de personnes en situation d’itinérance

Depuis le début de la pandémie, le nombre de personnes en situation d’itinérance a augmenté. De brèves visites dans le quartier Milton-Parc sur Le Plateau-Mont-Royal ou encore dans le Vieux-Port de Montréal suffisent pour comprendre l’urgence de la situation. Et c’est sans compter tous les quartiers périphériques où l’itinérance prend de l’ampleur.

Dans le quartier Villeray, le nouveau Refuge du cœur de l’île géré par l’organisme PACT de rue affiche complet depuis son ouverture en novembre. Cinquante personnes y sont accueillies chaque jour dans ce quartier du nord de Montréal où l’itinérance était presque invisible il n’y a pas si longtemps.

On observe la même croissance dans l’Ouest-de-l’Île et dans le sud-ouest de Montréal, ainsi qu’à Longueuil et à Laval où les intervenants des refuges et des haltes-chaleurs ne suffisent plus à la tâche.

Les intervenants sur le terrain estiment que le nombre de sans-abri aurait doublé, passant de 3 000 à 6 000 personnes, à Montréal seulement, depuis les deux dernières années.

« On dit que personne n’est à l’abri d’une dépression majeure, de perdre sa maison pour x raisons. C’est vrai que ça existe, mais en général, quand on regarde le parcours de vie dans les témoignages de personnes en situation d’itinérance, souvent il y a de la discrimination présente depuis longtemps ou de la violence. L’itinérance, c’est un échec de notre filet social. »

—Annie Savage, directrice du RAPSIM
(Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal)

Les Autochtones durement touchés

Chez les personnes autochtones, l’augmentation de l’itinérance est préoccupante. Traumatismes historiques, déracinement, perte de repères, parcours de vie difficile, racisme, discrimination, dépendance, violence et pauvreté sont autant de facteurs qui peuvent les mener à la rue. Les autochtones sans-abri se regroupent plus souvent au centre-ville, près du square Cabot et dans le quartier Milton-Parc de l’arrondissement Plateau-Mont-Royal. Ils sont aussi de plus en plus nombreux aux abords du métro Mont-Royal.

La mobilité accrue des Autochtones vers les villes s’explique de diverses façons : recherche d’un travail, poursuite des études, accès aux soins de santé et aussi malheureusement parfois fuite d’un climat et de conditions de vie difficiles.

Parmi nos nouvelles collaborations en itinérance se trouvent quatre organismes communautaires au centre-ville dont les interventions sont adaptées aux besoins spécifiques des communautés autochtones.

Au-delà du centre-ville : l’importance de la médiation sociale

Dans les quartiers adjacents au centre-ville ou en périphérie, où l’itinérance est un phénomène en croissance et parfois même nouveau, la cohabitation entre résidents, résidents sans-abri et commerçants est un enjeu majeur. Avec l’ouverture de refuges ou de haltes-chaleur, les organismes communautaires doivent faire face à l’inquiétude de certains résidents.

« On se demande : où est-ce que c’est correct que les personnes en situation d’itinérance soient? Elles ne peuvent pas être dans les parcs après telle ou telle heure. Elles ne peuvent pas se coucher sur les bancs. Elles dérangent quand elles sont trop concentrées au même endroit. On ne veut pas qu’elles soient dans les entrées de commerces. (…) On ne veut pas les voir, on veut qu’ils n’existent nulle part, mais ils ont besoin d’exister quelque part. »

—Annie Savage, directrice du RAPSIM
(Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal)

Le soutien de Centraide en itinérance

Depuis le début de la pandémie, Centraide collabore avec ses partenaires communautaires pour apporter des solutions face à l’urgence de la situation. Il participe financièrement à l’effort collectif initié par le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal et la Ville de Montréal.

Au plus fort de la crise sanitaire, il a participé à la mise sur pied de centres de jour en plein air et de haltes-répit au centre-ville et dans les quartiers adjacents, dont celle aménagée sur le Grand quai du Port de Montréal.

À l’hiver 2021, afin de répondre à de nouveaux besoins, Centraide a soutenu des haltes-chaleurs de jour et de nuit dans des quartiers excentrés et même à l’extérieur de l’île de Montréal, sur la Rive-Sud et à Laval.

De nouveau, en décembre 2021, grâce à un surplus de fonds générés par la campagne annuelle 2020, Centraide a pu renforcer son action pour aider les personnes en situation d’itinérance en accordant son soutien financier à douze nouveaux projets ou organismes en itinérance, en plus de ceux qu’il soutient déjà de façon récurrente.

Douze nouveaux projets ou organismes en itinérance :

Agir sur plusieurs fronts

La question de l’itinérance est complexe et commande que l’on agisse sur plusieurs fronts : en amont avant que la rue ne devienne la seule issue, en urgence pour ceux qui ont basculé, en aval pour ceux qui en sortent.

Soutenir les jeunes et leur famille, briser l’isolement social, rejoindre les plus exclus par le travail de rue, agir pour le développement d’une meilleure offre en logement, etc. sont autant d’actions que Centraide soutiendra au cours des prochains mois.