Un nouveau projet a atterri sur ma table de travail à la fin de l’été. On m’a demandé d’interviewer deux sœurs au sujet d’un fonds de dotation qu’elles venaient de créer. « Un fonds de quoi? » ai-je demandé. À Centraide, nous avons différents produits philanthropiques, mais celui-là, m’était inconnu. Après m’être informée sur le sujet, j’ai compris que le but du fonds de dotation est d’assurer un soutien financier stable à long terme à l’organisme de son choix grâce aux revenus générés par le capital investi. J’étais prête à discuter avec les sœurs Séguin.
Par Marie-Christine Beaudry
Conseillère en recherche et contenu, Centraide du Grand Montréal
La rencontre a eu lieu à la mi-septembre. L’une de ces belles journées qui donne envie d’arrêter le temps. Le soleil qui filtre doucement à travers les feuilles des arbres, le fond d’air frais qui nous fait ressortir notre petite laine avec joie.
Je me suis rendue dans un petit jardin du Plateau Mont-Royal, où réside Colette Séguin. Sa sœur France nous y attendait déjà, ma collègue du service des dons planifiés et moi. On s’est assises toutes les trois, alors que Colette faisait des aller-retours entre la cuisine et le patio pour nous servir des cafés noirs avec sa cafetière italienne. Un peu de sucre dans celui de sa sœur. Elle la connaît par cœur.
Une réflexion qui a mûri avec le temps
France a débuté l’échange en nous racontant ses voyages. Elle a passé sa carrière à l’étranger, à travailler pour des multinationales. Elle avait pour mission d’étudier les impacts sociaux de projets miniers ou pétroliers sur les populations locales. Un métier qui, déjà, demandait une grande empathie.
Cette empathie l’a guidée à faire du bénévolat pour différents organismes quand elle est revenue à Montréal. Nouvellement retraitée, elle avait « toujours une immense énergie et souhaitait continuer à travailler », comme elle le dit. Puis, en 2016, elle a fait une rencontre déterminante. Celle d’une employée de Centraide du Grand Montréal qui lui a parlé de don testamentaire.
N’ayant jamais eu d’enfant et ayant été « choyée par la vie », comme elle le répète souvent, France a trouvé l’idée de faire un legs très intéressante. Au fil des années suivantes, elle a visité des organismes communautaires soutenus par Centraide et a même assisté à un webinaire sur le sujet. Elle s’est informée de plus en plus sur la cause et a poursuivi sa réflexion. « Il fallait laisser le temps à la petite graine de germer dans ma tête », explique-t-elle. « À 60 ans, je me disais qu’il me restait encore beaucoup de temps devant moi. »
De retour avec son café, Colette se joint à la conversation.
« France s’est toujours beaucoup impliquée, raconte-elle. Elle m’a toujours parlé de ses projets, de son bénévolat, des causes qui lui tenaient à cœur. Même si je n’y participais pas directement, j’ai toujours été bien au courant. »
En mai 2026, quelque temps après que Colette ait reçu un diagnostic négatif au sujet de sa santé, France a participé à un café-rencontre sur les fonds de dotation, organisé par Centraide. Un déclic s’est produit dans sa tête.
« J’ai tout de suite voulu faire ça avec Colette, souligne-t-elle. Nous avons toujours été très très proches, toute notre vie. Elle est venue me rejoindre en Afrique pendant des mois, on a acheté un immeuble ensemble quand on était jeunes, je dis souvent que nous sommes des jumelles avec deux ans d’écart! »
Les sœurs éclatent de rire et échangent un regard rempli d’amour.

« Pour nous, poursuit Colette, ce fonds de dotation est un symbole de pérennité. Quand tu réalises que la fin approche, il faut faire quelque chose. Ce montant qu’on donne à Centraide du Grand Montréal, c’est fait avec beaucoup d’empathie, dans l’idée de donner au suivant. »
La différence entre un fonds de dotation et un don testamentaire est simple. Le premier, on le réalise de son vivant. Une partie des intérêts du fonds sont versés chaque année à l’organisme ciblé, pour soutenir sa cause. Comme disent les sœurs Séguin : « on peut en voir l’impact pendant qu’on est toujours là. » Le don testamentaire, quant à lui, est effectif après le départ de la personne.
Pour un avenir plus lumineux
Quand je leur demande quel est leur plus grand souhait pour l’impact de leur don, les sœurs Séguin n’hésitent pas une seconde : « Mon Dieu! Plus de solidarité sociale, plus de logements, plus d’aide aux femmes victimes de violence conjugale, aux Autochtones, aux familles à faible revenu. En donnant à Centraide, on a confiance que l’argent sera investi au bon endroit, et dans plusieurs causes qui nous tiennent à cœur. Ça a quelque chose de rassurant. »
« Centraide, c’est l’organisme pivot qui nourrit tous les autres organismes. »

Il y a un an, ni Colette ni France ne savaient ce qu’était un fonds de dotation. C’est en assistant à une rencontre sur le sujet et en étant accompagnées par des conseillères de Centraide que les sœurs ont découvert le véhicule philanthropique qui leur convenait le mieux pour assurer leur héritage à la communauté. « Ça s’est fait de manière très simple et naturelle, note France. Je me suis sentie accueillie, respectée et guidée. »
En ayant réglé la question de l’héritage, les sœurs Séguin peuvent profiter de chaque instant ensemble, tout en sachant que leur impact continuera de s’inscrire dans le temps.
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