En 2022, on dénombrait 10 000 personnes vivant en situation d’itinérance au Québec, dont la moitié à Montréal. Les organismes communautaires qui sont à pied d’œuvre sur le terrain le savent : ce n’est là que la pointe de l’iceberg. Quelle ampleur la crise de l’itinérance prend-elle dans le Grand Montréal? Comment l’action communautaire se mobilise-t-elle en réponse à cette situation? État des lieux.
La crise de l’itinérance est de plus en plus visible dans la grande région de Montréal, sur l’île comme dans les villes en périphérie. Travaillant en première ligne, les organismes communautaires voient le portrait de l’itinérance se transformer. « Si l’itinérance semblait toucher autrefois principalement les hommes, les visages de l’itinérance se déclinent désormais en de nombreuses réalités », constate Annie Savage, directrice du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM). Dans la rue, les profils sont multiples.

« L’itinérance touche de plus en plus les jeunes, les femmes, les personnes aînées… On commence même à voir de l’itinérance familiale à Montréal, une réalité qui découle de la pauvreté en hausse, de la crise du logement et des besoins insuffisamment pris en charge des personnes migrantes. Avec le manque de soutien en santé mentale et la toxicité des drogues, on observe aussi une intensité des situations vécues dans l’espace public. »
-Annie Savage, directrice du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM)
Derrière cette face visible de la crise, il y a tout un pan caché de l’itinérance, par exemple des femmes fuyant la violence qui sont contraintes de vivre dans leur voiture, faute de place dans les ressources qui leur sont destinées. Ou encore des travailleurs précaires qui font la file pour un lit d’urgence en refuge le soir. L’itinérance cachée est une réalité difficile à quantifier, mais elle n’en est pas moins chronique ou préoccupante. « C’est le reflet d’un échec collectif qui met en lumière des inégalités profondes, exacerbées par la crise du logement, par l’insécurité alimentaire et par les enjeux de santé mentale », croit Claude Pinard, président-directeur général (PDG) de Centraide du Grand Montréal.

Centraide : soutenir l’action communautaire
Les acteurs du milieu communautaire se mobilisent pour prévenir l’itinérance et en atténuer les effets. « Il faut comprendre qu’il y a plus de portes d’entrée vers la rue que de portes de sortie », dit Annie Savage. C’est pourquoi le travail des organismes, partout sur le territoire du Grand Montréal, est complémentaire et essentiel. Certains accompagnent des jeunes en difficulté, alors que d’autres interviennent à la sortie des établissements, comme les centres jeunesse ou les institutions carcérales. Des travailleurs et travailleuses de rue ou de milieu offrent du soutien aux personnes là où elles sont — dans la rue, au terminus d’autobus, à l’aéroport —, tandis que d’autres sont là pour du soutien psychosocial aux aînés isolés et en situation de précarité.
Comme ses donateurs, Centraide estime que la lutte contre l’itinérance est un enjeu crucial. « Depuis 2021, Centraide soutient 14 nouveaux organismes qui travaillent dans le milieu et a augmenté son appui financier aux organismes déjà soutenus. Aujourd’hui, près de 30 organismes en itinérance reçoivent un soutien financier annuel totalisant 3 millions de dollars », souligne Claude Pinard.
« Derrière l’itinérance, il y a avant tout des êtres humains. L’objectif premier derrière toute forme d’intervention est de redonner de la dignité aux personnes touchées. »
-Claude Pinard, PDG, Centraide du Grand Montréal


Une responsabilité collective
Qu’ils luttent contre la crise du logement, l’insécurité alimentaire ou l’exclusion sociale, les organismes font face à des besoins qui explosent. « Ça fait longtemps qu’on le dit : sur le terrain, les groupes communautaires travaillent en gougounes dans la neige, illustre Annie Savage. On en fait beaucoup, dans des conditions vraiment pas favorables, souvent en l’absence de réponses intégrées, permanentes et soutenues de la part des gouvernements. »
Claude Pinard abonde dans le même sens : le financement de l’action communautaire n’est pas à la hauteur des demandes et ne reflète pas l’importance que jouent ces groupes pour la cohésion du tissu social. « On a une responsabilité collective envers les personnes en situation d’itinérance. À Centraide, on réfléchit actuellement à la meilleure façon de rassembler et mobiliser les acteurs de même que la société civile pour mieux coordonner les actions. C’est ensemble qu’on va y arriver », conclut-il.