Affronter l’hiver

Besoins essentiels
20 janvier 2026 •  Par Centraide
Une personne marche dans la neige

L’hiver, les conditions deviennent plus exigeantes pour les personnes déjà fragilisées. Le froid et la neige peuvent accentuer certaines vulnérabilités et rendre des gestes simples comme se déplacer, se nourrir ou maintenir des liens sociaux plus complexes. Sur le terrain, les organismes communautaires multiplient les efforts afin que personne ne se retrouve isolé face à ces défis.


Une dure réalité

En hiver, le moindre imprévu, qu’il s’agisse d’une facture de chauffage élevée, d’un retard de transport vers de l’aide alimentaire ou d’une mauvaise grippe, peut suffire à faire basculer un équilibre fragile.

Pour certaines personnes, l’hiver représente une véritable épreuve. C’est une période où il faut parfois choisir entre se chauffer et se nourrir, sortir pour obtenir de l’aide ou rester à l’abri, maintenir ses liens sociaux malgré le froid et la neige ou s’isoler pour se protéger.

Des besoins qui changent… et qui s’intensifient

Dès que le froid s’installe, les organismes sont sollicités pour des vêtements chauds, des bottes, des manteaux. L’accès à des lieux chauffés pour les personnes en situation d’itinérance devient crucial, tout comme celui aux ressources communautaires pour les personnes dans le besoin.

L’isolement s’accentue, particulièrement chez les personnes vivant seules, les aînés, les nouveaux arrivants ou celles dont la mobilité est réduite. Les réseaux informels, tels les voisins, les amis, les connaissances, sont moins présents.  La santé mentale (anxiété, dépression) est mise à l’épreuve.

Chez les nouveaux arrivants, la première tempête de neige peut être synonyme de perte de repères. Chez les aînés, elle peut signifier des semaines sans voir personne.

Anne‑Sylvie Darilus, directrice générale de l’Association pour aînés résidant à Laval (APARL), observe chaque année les effets directs de l’hiver sur la participation et le moral des membres : «  L’hiver, on constate toujours une petite baisse de participation. Plusieurs nous disent clairement : “S’il ne fait pas beau, moi je ne sors pas.” Et je les comprends : peur de tomber, de se blesser et de perdre leur autonomie.  »

Elle ajoute que, dans certains cas, la période hivernale peut même réduire la capacité des organismes à repérer les personnes plus vulnérables : « Notre travailleuse de milieu fait beaucoup de repérage dans les parcs, les cafés, les centres d’achat. En saison froide, il y a beaucoup moins de gens dehors. On en rejoint moins, c’est certain. »

© iStock

Les mois rigoureux imposent une vigilance accrue. Anne‑Sylvie Darilus souligne que les risques augmentent aussi pour les personnes vivant des pertes cognitives : « On voit davantage de situations de pertes cognitives, de personnes désorientées qui sortent de chez elles été comme hiver sans savoir où elles vont. Et en plein hiver, ce genre de situation peut devenir dangereux très rapidement. »

Aussi, certaines situations d’abus peuvent être aggravées par la saison froide : « Quand un aîné vit de la maltraitance, l’hiver peut devenir un piège. On a vu des personnes littéralement coincées chez elles parce que le terrain n’était pas déneigé ou glacé. Elles n’avaient aucun moyen de sortir. »

En mode hivernal

Face à ces défis, les organismes communautaires s’adaptent. Ils facilitent les transports, organisent des appels d’amitié et des visites à domicile, prolongent leurs heures d’ouverture, déploient des haltes-chaleur et davantage de travailleurs de rue ou de milieu, des efforts rendus possibles grâce au soutien de partenaires comme Centraide.

« Quand la météo est moins bonne, il arrive que des personnes à mobilité réduite, comme des personnes aînées, ne puissent pas venir au P’tit Marché, notre service d’aide alimentaire mensuel, observe Rainbow Charbonneau, directrice générale de la Maison d’Entraide St-Paul & Émard. Dans ces cas-là, on offre la livraison. Ce n’est pas un service officiel, mais on connaît notre monde. »

Pour les organismes en sécurité alimentaire, il y a aussi des enjeux d’approvisionnement. « Il y a moins de denrées parce qu’on ne fait pas affaire avec des producteurs locaux qui nous donnent des fruits et des légumes frais, ajoute Madame Charbonneau. On dépend uniquement de Moisson Montréal, alors qu’en été, notre approvisionnement est beaucoup plus diversifié. »

« Quand on annonce –25 °C, on ouvre plus tôt, on ferme plus tard… On change les règles un peu. On permet aux personnes en situation d’itinérance de venir à l’Espace-Jeunes sans faire nécessairement de l’intervention. On offre un café, un lieu, juste pour qu’elles aient accès à la chaleur, explique Julien Clusiau Perreault, directeur général de l’organisme Macadam Sud situé à Longueuil. »

« L’été, on compte jusqu’à 70 ou 75 campements, poursuit-il. L’hiver, on pense à une vingtaine maximum. Plusieurs quittent la rue et vont malgré eux dans les refuges, d’autres dans des ressources temporaires, chez des amis ou en région. »

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Avec l’arrivée du froid, les campements disparaissent en partie, mais les personnes restent, souvent plus vulnérables et plus dispersées. Pour maintenir le lien avec elles, l’intervention doit littéralement se déplacer. C’est ce qui a poussé Macadam Sud à créer une navette qui sillonne les campements. Ce projet est né du réinvestissement des fonds initialement destinés à la construction de minimaisons, une initiative qui a été abandonnée. Plutôt que de laisser ces ressources inutilisées, l’organisme a choisi d’acheter un véhicule équipé pour offrir un soutien direct. « Elle sert à transporter du matériel : des sacs de couchage résistants jusqu’à -35 °C, des chauffe-mains, des sous-vêtements thermiques, des boîtes à lunch. Et parfois même à accompagner des personnes vers des centres de jour ou des refuges », précise Julien Clusiau Perreault.

À Longueuil, la Halte‑Répit située sous le pont Jacques‑Cartier, s’est dotée d’une nouveauté importante cette année : un café communautaire aménagé dans une roulotte et ouvert 24 h sur 24. L’Abri de la Rive‑Sud et La Halte du Coin, deux organismes soutenus par Centraide, y assurent l’intervention et la sécurité. Le lieu offre des collations et un accès à un espace chauffé, mais propose aussi un projet novateur de distributrices de boîtes à lunch géré par Macadam Sud. « Ce sont des distributrices gratuites. L’accès se fait avec une carte OPUS enregistrée par notre équipe, et chaque personne a droit à un repas par 24 heures. On en a une à la Halte du Coin et une autre à la roulotte de la Halte‑Répit », explique Julien Clusiau Perreault.

Des actions de première ligne

Concrètement, l’intervention hivernale se traduit par des actions de première ligne : distribuer des manteaux et des bottes à une famille nouvellement arrivée, effectuer un appel quotidien à une personne isolée pour s’assurer qu’elle va bien et qu’elle a accès à de la nourriture, trouver un hébergement temporaire pour une personne en situation d’itinérance. Ces gestes, bien que simples en apparence, demandent une organisation importante et peuvent chambouler les équipes lorsque les imprévus s’accumulent.

« Chez nous, la cueillette, le tri et la préparation des denrées pour la redistribution à la communauté se font grâce à une équipe de bénévoles, explique madame Charbonneau. S’ils ne sont pas au rendez-vous à cause d’une météo difficile, ce qui est quand même plutôt rare, ce sont nos employés qui mettent la main à la pâte. On ne laissera pas tomber l’activité. »

© Maison d’entraide 

Maison d'Entraide - bénévoles

Des effets immédiats et durables

Les effets des interventions communautaires hivernales se font sentir à plusieurs niveaux. À court terme, elles réduisent les risques pour la santé et la sécurité, stabilisent des situations critiques et offrent un accès rapide à de l’aide.

À l’APARL, le rôle de la travailleuse de milieu est souvent déterminant : « Les suivis sont essentiels. Les personnes isolées ont mille raisons de ne pas sortir, et la saison froide leur en donne mille de plus. Sans accompagnement, plusieurs laissent tomber les démarches qui pourraient vraiment les aider », souligne Anne-Sylvie Darilus.

À moyen terme, elles permettent de maintenir le contact avec les personnes les plus isolées, de prévenir le décrochage des services et d’orienter vers d’autres ressources au besoin.

À long terme, elles consolident le filet social et créent un environnement où personne n’est laissé pour compte, même dans les périodes les plus difficiles.

Ce que l’hiver révèle

Encore une fois, les organismes communautaires sont sur la première ligne. Leur capacité d’adaptation rapide, leur connaissance fine du terrain et leur proximité avec les populations vulnérables sont essentielles pour répondre à des besoins qui ne peuvent attendre le retour du printemps.

Mais cette période révèle aussi leurs limites : la pression accrue sur les équipes, le manque de ressources et la nécessité d’un soutien constant pour assurer la continuité des services.

L’hiver révèle la force des organismes… mais aussi l’urgence de les soutenir toute l’année.


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