La pauvreté touche
plus de personnes qu’on ne le croit

Depuis 2020, les taux de pauvreté annuels oscillent entre 10 % et 12 % dans le Grand Montréal. Mais lorsque l’on suit les mêmes personnes sur une période de huit ans, une réalité plus vaste se dessine : 26 % des adultes ont vécu au moins une année sous le seuil de pauvreté entre 2016 et 2023¹. 

C’est ce que révèle l’étude Pauvreté persistante et temporaire : un enjeu de taille sur le territoire de Centraide du Grand Montréal, réalisée en collaboration avec l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).  

Cette étude offre l’un des portraits les plus détaillés réalisés à ce jour de la pauvreté persistante dans le Grand Montréal, grâce à des données couvrant près de 100 territoires de l’île de Montréal, de Laval et de la Rive-Sud.

Quels sont les seuils de faible revenu selon la MFR-ApI1?

  • 30 824 $ ou moins pour une personne seule 
  • 61 648 $ ou moins pour une famille de quatre personnes

Comment l’étude définit-elle la pauvreté temporaire et persistante?

  • Pauvreté temporaire : 1 ou 2 années sous le seuil de pauvreté
  • Pauvreté persistante : 3 à 8 années sous le seuil de pauvreté
    ◦ Moyennement persistante  : 3 à 6 années sous le seuil de pauvreté
    ◦ Fortement persistante : 7 ou 8 années sous le seuil de pauvreté
  • Pauvreté (toute situation) : 1 à 8 années sous le seuil de pauvreté 

🔍 Que nous révèle l’étude?

La pauvreté est une réalité plus répandue qu’il n’y paraît

Plus d’un adulte sur quatre (26 %) a vécu au moins une année en situation de pauvreté entre 2016 et 2023. 

Lorsque l’on suit les personnes sur une période de huit ans plutôt que sur une seule année, le portrait de la pauvreté change considérablement.   

Entre 2016 et 2023, 26 % des adultes de la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal ont vécu au moins une année sous le seuil de pauvreté qu’elle soit persistante (14 %) ou temporaire (12 %). Cette proportion est plus du double de celle observée annuellement à partir de 2020, qui oscille entre 10 % et 12 %.

Alors que plusieurs territoires du Québec ont enregistré des progrès importants depuis la fin des années 1990, la proportion de personnes ayant connu au moins une année de pauvreté est demeurée relativement stable dans le Grand Montréal.

La pauvreté dure plus souvent qu’elle ne passe

La pauvreté persistante est plus fréquente que la pauvreté temporaire. 

L’étude distingue les épisodes temporaires de pauvreté des situations qui s’étendent sur plusieurs années. 

En 2023, dans le Grand Montréal :  

  • 12 % des adultes avaient vécu une pauvreté temporaire (1 à 2 années sur 8);
  • 14 % avaient vécu une pauvreté persistante (3 à 8 années sur 8);
    • 8 % avaient vécu une pauvreté moyennement persistante (3 à 6 années sur 8); 
    • 6 % avaient vécu une pauvreté fortement persistante (7 à 8 années sur 8).  

Plus généralement, plus de 70 % des personnes vivant sous le seuil de pauvreté dans la RMR de Montréal en 2022, s’y retrouvaient encore l’année suivante.

Le Grand Montréal se distingue par des taux de pauvreté plus élevés que dans les autres RMR du Québec

La pauvreté est plus répandue dans le Grand Montréal, principalement parce que le risque d’y entrer est plus élevé. 

Le Grand Montréal se distingue des autres RMR du Québec par des taux plus élevés de pauvreté, qu’elle soit persistante ou temporaire, mais aussi par une progression plus marquée de la pauvreté fortement persistante au cours des dernières décennies (de 5 % en 1999 à 6 % en 2023). 

L’étude montre que cet écart s’explique principalement par un risque plus élevé d’entrer dans la pauvreté, plutôt que par une difficulté plus importante à en sortir. Les taux d’immobilité dans la pauvreté demeurent relativement comparables à ceux observés ailleurs au Québec.  

Ce constat souligne l’importance d’agir en amont afin d’éviter que des personnes basculent dans la pauvreté. 

La pauvreté est plus répandue sur l’île de Montréal qu’à Laval et sur la Rive-Sud 

La pauvreté est nettement plus répandue sur l’île de Montréal qu’à Laval et sur la Rive-Sud, qu’elle soit temporaire ou persistante. 

Entre 2016 et 2023, 34 % des adultes de l’île de Montréal ont vécu au moins une année sous le seuil de pauvreté, comparativement à 23 % à Laval et 20 % sur la Rive-Sud. 

L’île de Montréal affiche également les proportions les plus élevées de pauvreté persistante : 20 % de la population a vécu trois années ou plus sous le seuil de pauvreté, comparativement à 12 % à Laval et à 10 % sur la Rive-Sud.

De fortes disparités territoriales persistent

La pauvreté persistante se concentre dans certains secteurs et demeure beaucoup moins présente dans d’autres. 

Les niveaux les plus élevés de pauvreté persistante sont observés dans plusieurs quartiers du centre et de l’est de l’île de Montréal, notamment à Parc-Extension (39 %) et dans la Petite-Bourgogne (35 %).  

À l’inverse, plusieurs municipalités de la Rive-Sud, dont Sainte-Julie, Saint-Basile-le-Grand, Saint-Bruno-de-Montarville, Boucherville et Candiac, affichent des taux beaucoup plus faibles. Dans certaines de ces municipalités, plus de 90 % des adultes n’ont connu aucune année de pauvreté entre 2016 et 2023.  

Les écarts observés sont considérables : le risque d’avoir vécu la pauvreté peut être plusieurs fois plus élevé selon le territoire de résidence.

Certains groupes sont plus à risque que d’autres

Les risques de pauvreté persistante varient fortement selon les groupes de population. 

Pour la période 2016 à 2023, les risques sont plus élevés chez : 

  • les femmes (16 %); 
  • les personnes âgées de 65 ans et plus (19 %); 
  • les personnes immigrantes établies depuis plus de dix ans (20 %) et les immigrants récents (22 %). 

Parmi ces groupes, les personnes âgées se démarquent par l’ampleur de l’évolution observée. Alors qu’environ 1 % des personnes de 65 ans et plus vivaient une situation de pauvreté fortement persistante à la fin des années 1990, cette proportion atteignait 11 % pour la période 2016-2023. 

Les jeunes adultes affichent quant à eux des taux particulièrement élevés de pauvreté temporaire (21 %), mais aussi de pauvreté moyennement persistante (16 %). 

Le logement est un enjeu étroitement lié à la pauvreté persistante

Les difficultés de logement sont généralement plus fréquentes dans les territoires où la pauvreté persistante est plus élevée. 

L’étude met en évidence une relation étroite entre la pauvreté persistante et les besoins impérieux en matière de logement, qu’il s’agisse de logements nécessitant des réparations majeures, trop coûteux ou de taille insuffisante. 

Les territoires où la pauvreté persistante est la plus élevée sont généralement ceux où une plus grande proportion de ménages éprouve des difficultés à se loger de manière adéquate. 

L’analyse montre également que les quartiers comptant une plus forte présence de logements subventionnés semblent mieux protéger les ménages contre ces difficultés. 

📌 À retenir

  • 26 % des adultes du Grand Montréal ont vécu au moins une année sous le seuil de pauvreté entre 2016 et 2023, qu’elle soit persistante (14 %) ou temporaire (12 %). 
  • 14 % ont vécu une situation de pauvreté persistante dont 6 % une pauvreté fortement persistante.  
  • Le Grand Montréal affiche des taux de pauvreté plus élevés que les autres Région métropolitaine de recensement (RMR) du Québec, notamment en raison d’un risque plus élevé d’y entrer. 
  • Sur l’île de Montréal, une personne sur trois a vécu au moins une année sous le seuil de pauvreté, comparativement à environ une personne sur cinq à Laval et sur la Rive-Sud. 
  • Les femmes, les personnes immigrantes et les personnes âgées sont davantage exposées à la pauvreté persistante. 
  • Les écarts territoriaux demeurent très importants à l’échelle du Grand Montréal, particulièrement dans le centre et l’est de l’île de Montréal. 
  • Les territoires les plus touchés par la pauvreté persistante sont aussi ceux où les besoins en logement sont les plus importants.  

Téléchargez le rapport complet 

Découvrez l’étude Pauvreté persistante et temporaire : un enjeu de taille sur le territoire de Centraide du Grand Montréal.

1. Les résultats présentés reposent sur la mesure de faible revenu après impôt (MFR-ApI) incluant les transferts gouvernementaux. Les transferts gouvernementaux correspondent aux sommes versées par les gouvernements aux ménages, comme les prestations pour enfants, l’assurance-emploi ou certaines prestations destinées aux aînés.