Six défis de l'été 2020

L’été est à nos portes et bien que le virus semble se tranquilliser un peu, il n’a pas encore dit son dernier mot. Avec l’arrivée du beau temps, la tentation est forte de reprendre nos habitudes et nos activités, mais nous devons rester prudents.

Bien que certains organismes ont rouvert leurs portes, que d'autres le feront bientôt, et qu’ensemble ils déploieront tous les efforts pour maintenir une certaine forme de vie de quartier, ils devront conjuguer les mesures de distanciation physique avec les services qui en sont encore affectés.

Dans ce contexte, les défis seront grands pour faire face aux réalités estivales, dont plusieurs seront même exacerbées par la crise sanitaire.

La reprise des activités dans le Grand Montréal s’est avérée une bonne nouvelle pour les organismes désireux de rouvrir leurs portes à la communauté. Cependant, impossible de reprendre là où ils avaient laissé. Il a fallu adapter les environnements tout comme les activités.

À Laval, le Centre communautaire Val-Martin a repris du service le 2 juin sous le thème « Ici, nous pratiquons la distanciation physique et non la distanciation sociale ! ». Toutes les mesures sanitaires ont été mises en place afin que les intervenantes puissent accueillir les parents, les enfants et les adolescents à la maison de la famille comme à la maison des jeunes : cuve pour se laver les mains, désinfection, gants, masques, distanciation de deux mètres, etc.

À Lachine, La P’tite maison de Saint-Pierre proposera cet été une programmation d’activités à l’extérieur, la taille des locaux ne lui permettant d’accueillir à l’intérieur qu’un nombre limité de personnes à la fois. Déjà, les jardins collectifs ont rouvert et les bénévoles y travaillent en groupe de 4 personnes maximum. La friperie est accessible pour une personne à la fois et la halte-répit a repris du service pour les enfants de 6 mois à 5 ans.

« En plus des 100 repas que l’on cuisine et distribue aux gens du quartier tous les mercredis, on poursuit les activités virtuelles qu’on a commencées en confinement comme les cafés-rencontres. On est disponible par téléphone du lundi au jeudi. On fait aussi des suivis auprès de nos membres pour savoir s’ils ont besoin d’aide alimentaire, d’information pour leur logement, de soutien pour une prise de rendez-vous… Chaque accompagnatrice s’est créé une page Facebook professionnelle. On élargit les possibilités pour garder le contact. On les motive. On anime nos pages d’activités pour les enfants. On s’adapte et j’avoue qu’on est plutôt fières de ce qu’on accomplit. On veut améliorer la qualité de vie dans le quartier au maximum. »

— Lynn Morin, accompagnatrice, La P’tite maison de Saint-Pierre

Depuis le début de la pandémie, nos organismes sont au front pour protéger leur communauté. Cet élan de solidarité aura certainement laissé des traces et nourrit le sentiment d’appartenance des citoyens envers leur quartier : ceux qui fréquentaient déjà les organismes, tous les nouveaux qui pour la première fois se retrouvaient dans une situation difficile, les bénévoles et tous les autres autour. Par tous les moyens possibles, les organismes ont réussi à maintenir les liens avec leur clientèle : lignes d’écoute téléphonique, groupes de discussions en ligne, programmations virtuelles pour les ados, ateliers en vidéoconférences, etc.

Dans le quartier Le Petit-Laurier sur le Plateau Mont-Royal, la solidarité a pignon sur rue grâce au tout nouveau jardin solidaire de La Maison d’Aurore. Aménagé dans un contexte de crise sanitaire, bien en vue sur le terrain de l'Église Saint-Stanislas, ce jardin est voué à la production intensive de denrées fraîches en vue d'une distribution bimensuelle dès juillet pour des personnes en situation de vulnérabilité.

Dans plusieurs quartiers, les résidents des HLM et des résidences pour personnes âgées sont conviés sur leur balcon pour faire la fête. Musiciens locaux et amuseurs publics s’en donnent à cœur joie pour les faire chanter et danser. On profite de ce moment pour diffuser les dernières nouvelles sur la COVID-19 et sur les ressources communautaires. Dans d'autres quartiers, c'est à bord de camions porte-voix qu'on ratisse les rues pour faire de l'animation. (Crédit photo : CLIC Bordeaux-Cartierville)

Bien avant que la crise de la COVID-19 ne frappe le Grand Montréal, une importante crise du logement sévissait déjà. Pour les locataires qui doivent déménager, mais qui n'ont pas encore trouvé de logement, le contexte complique davantage les choses. Plusieurs ménages sont en perte de revenu alors que les loyers continuent d'augmenter en flèche. La période de recherche de logement, amputée par le confinement fait craindre au pire quant à la discrimination envers les personnes les plus vulnérables. Les déménagements s’annoncent eux aussi plus coûteux, compte tenu des nouvelles exigences sanitaires.

Dans Côte-des-Neiges, L’OEIL (Organisation d'éducation et d'information logement) contribuera, de nouveau cette année, à la mise en place d’une cellule de crise pour le 1er juillet. L’an dernier, cette initiative avait permis de soutenir plusieurs locataires qui n’avaient pas pu trouver un logement ou qui s’étaient retrouvés dans un appartement insalubre. Tous les comités logements sont sur un pied d’alerte afin d’aider les ménages qui se retrouveront sans logis.

La première canicule de l'été a déjà frappé le Grand Montréal et déjà les organismes communautaires ont dû faire face à un double défi, celui de protéger à la fois de la chaleur et de la COVID-19, les personnes marginalisées et isolées : les sans-abris, les immigrants récents avec barrière linguistique, les personnes âgées vivant seules, celles aux prises avec un problème de santé mentale, ou encore les familles disposant de faibles revenus ou d’un logement inadéquat.

Dans le quartier Peter-McGill, où les îlots de chaleur sont nombreux, le Groupe Harmonie, un organisme appuyé par le Fonds d'urgence qui fait un excellent travail de milieu auprès des aînés en situation de vulnérabilité, se prépare à affronter quelques canicules au cours de l'été. En concertation avec d'autres organismes du quartier, il compte renforcer les messages habituels de base de protection en cas de chaleur accablante. En plus d'un rappel des conseils, des appels téléphoniques auprès des personnes plus à risque sont prévus.

Après plusieurs mois sans école, amis et activités à l'extérieur, les enfants n'en peuvent plus et les familles souvent confinées dans de petits logements ont besoin de répit. Mais en raison des exigences sanitaires à respecter, les places en camp de jour seront limitées dans le Grand Montréal et les camps de vacances ou familiaux avec nuitées seront fermés. Ainsi, des centaines d’enfants et de familles provenant de milieux défavorisés seront privés de leur séjour annuel à l’extérieur de la ville.

Toutefois, du soutien financier provenant du Fonds d'urgence pour l'action communautaire (FUAC) du gouvernement du Canada permettra aux camps de jour communautaires, ceux administrés par des organismes, de mettre en place les mesures sanitaires exigées pour accueillir les enfants.

L’autre réalité est celle des familles d'enfants handicapées qui sont également sans services depuis la mi-mars. En plus d'être à bout de souffle, les parents sont inquiets des comportements régressifs observés chez leurs enfants privés de stimulation et contacts sociaux. Les camps de jour pour personnes handicapées travaillent actuellement à mettre en place des mesures exceptionnelles pour répondre à leurs besoins : accompagnement/gardiennage à domicile, ajouts de locaux ou chapiteaux extérieurs dans les camps de jour, activités en groupes restreints de 2 ou 3 personnes avec accompagnateurs, etc.

La longue période d’inactivité scolaire que traversent les enfants et les adolescents augmente les risques associés à l'isolement et au décrochage, particulièrement chez ceux qui éprouvent des difficultés sur le plan personnel et scolaire. Aussi, depuis l'introduction de l'enseignement en ligne, l'écart se creuse entre les jeunes vulnérables et ceux dont les conditions d'apprentissage sont plus favorables (espace de travail, outils, encadrement, encouragements, motivations, etc.).

56 organismes communautaires du Grand Montréal reçoivent actuellement du financement du Projet jeunesse pour venir en aide aux enfants et adolescents isolés et marginalisés. Diverses initiatives sont déployées afin de leur offrir le soutien pédagogique et psychosocial dont ils ont besoin pour amorcer la rentrée scolaire 2020-2021 avec confiance.