Mois de l’histoire des noir.e.s

Inclusion sociale
22 février 2021 •  Par Centraide

On célèbre officiellement le Mois de l’histoire des Noir.e.s en février depuis maintenant 25 ans. Plus les années passent et plus la riche contribution des communautés noires au développement et au rayonnement du Grand Montréal est mise en lumière. Mais il reste encore beaucoup à faire pour une réelle équité.

La pandémie et autres événements de la dernière année nous ont révélé à quel point les injustices et les inégalités persistent envers ces communautés dont la force n’a d’égal que la détermination à faire avancer la cause.

À Centraide, engagés dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion, nous sommes vivement préoccupés par les défis et les obstacles auxquels sont confrontés les membres des minorités visibles. En collaboration avec notre réseau d’organismes, nous travaillons tous les jours à favoriser la diversité et l’inclusion. Nous ajoutons ainsi notre voix à celles de milliers d’autres personnes qui se mobilisent ici et dans le monde entier, afin de participer davantage aux changements.

Découvrez deux femmes qui œuvrent au sein d’organismes communautaires que nous soutenons et qui façonnent chacune à leur manière la suite de l’histoire…

Portraits

Ruth Pierre-Paul

Il y a 20 ans, Ruth Pierre-Paul quittait son Haïti natale pour Montréal avec le désir d’y travailler, d’y étudier et de s’y établir. Un diplôme en secrétariat obtenu en Haïti lui permettra d’entamer dès lors son parcours professionnel et de décrocher, en 2007, un emploi à Centraide du Grand Montréal tout en poursuivant ses études universitaires. Bac, DESS et maîtrise en poche, elle devient en 2010 directrice générale du Bureau de la communauté haïtienne de Montréal (BCHM), un organisme appuyé par Centraide.

Les opportunités que j’ai eues durant mon parcours migratoire me remplissent encore aujourd’hui de gratitude. C’est ce qui me motive à accompagner les gens du BCHM qui sont à la recherche de meilleures places au sein de la communauté montréalaise. »

Créé dans les années 70 et d’abord voué à la défense des droits de la communauté haïtienne, le BCHM devient sous sa gouverne un organisme de soutien à la famille. Il offre un accompagnement aux enfants et aux adolescents durant tout leur parcours vers la vie adulte, tout en comptant sur le savoir-faire et la contribution des aînés. Le BCHM est un milieu de vie pour toutes les communautés ethnoculturelles du centre de l’île de Montréal. « L’organisme a toujours été à l’écoute de la communauté. Il a évolué en fonction de ses besoins en accordant une attention particulière aux enjeux et aux défis des communautés noires ».

Ruth Pierre-Paul est préoccupée par la surreprésentation des enfants des communautés noires dans les services de protection de la jeunesse. Par conséquent, elle a fait du BCHM une instance de médiation avec les différents acteurs, dont la DPJ afin d’améliorer les interventions auprès des communautés noires, et ce grâce à une meilleure compréhension de celles-ci. C’est ainsi que le projet Option-Protection a vu le jour, un programme soutenu par d’autres services déjà en place au BCHM, notamment son volet destiné à l’enrichissement de l’expérience parentale.

Pour Ruth Pierre-Paul, le Mois de l’histoire des Noir.e.s, est non seulement une vitrine pour faire briller des gens qui sont dans l’ombre, mais aussi un moment pour faire défiler l’histoire en marquant la reconnaissance des Afro-Montréalais. « C’est un mois de célébration, d’information et d’échange où l’on fait place aux mots pour panser des maux. Un rappel à l’ordre sur nos actes manqués. »

Elle y voit aussi l’occasion de réfléchir ensemble à certaines problématiques comme la judiciarisation des jeunes Afro-Montréalais, l’accessibilité à l’emploi, l’intersectionnalité des enjeux pour les femmes noires.  «L’amélioration des conditions de vie n’est pas un choix, mais le devoir de chaque Montréalais et chaque Montréalaise. »

Il s’avère qu’on a tendance à s’associer le plus souvent aux gens qui nous ressemblent et l’ouverture à l’autre demeure une expérience que tout un chacun devrait vivre. »

Pour Ruth Pierre-Paul, l’inclusion n’est pas une utopie, mais un effort constant et répétitif. L’ouverture à l’autre est un travail quotidien. « Au BCHM, on organise un camp de jour linguistique où on fait un jumelage entre des jeunes de classes d’accueil et d’autres de classes ordinaires. Ce maillage facilite la rencontre des différentes cultures. Il s’avère qu’on a tendance à s’associer le plus souvent aux gens qui nous ressemblent et l’ouverture à l’autre demeure une expérience que tout un chacun devrait vivre. »

Dans quelques semaines, Ruth Pierre-Paul réalisera un tour du chapeau « centraidien » en devenant bénévole au cabinet de la campagne 2021 à titre de représentante des OBNL. Elle assistera à sa première rencontre de cabinet aux côtés de représentants de tous les secteurs d’activités du Grand Montréal. En ce moment, elle n’a pas encore idée de toute la contribution qu’elle apportera à ce grand comité de collecte de fonds du fait de son expérience du milieu communautaire, de sa connaissance fine des enjeux sociaux, mais aussi de son appartenance aux communautés noires du Grand Montréal.

Ruth Pierre-Paul est une battante qui sait aller au bout d’elle-même et qui s’est donnée comme mission de faire du bien.

Henriette Konté

Henriette Konté est directrice générale du Centre d’action bénévole et communautaire Saint-Laurent. Elle-même issue de l’immigration, cette Sénégalaise qui a étudié en France ne connait que trop bien les défis qui se présentent aux nouveaux arrivants et aux personnes racisées dans le Grand Montréal.

Le Mois de l’histoire des Noir.e.s est pour elle un moment de prise de conscience pour ne pas oublier l’Histoire et ses méfaits, le chemin parcouru et les défis qui restent à gravir pour la communauté noire. Mais il ne s’agit pas que de cela. Selon elle, ce mois permet également de mettre en lumière des réalisations et des actions de la communauté noire pour l’avancement d’une société plus inclusive.

Se considérant privilégiée d’évoluer dans l’arrondissement de Saint-Laurent où différentes cultures se côtoient dans l’harmonie, Henriette Konté est convaincue que la diversité des origines et des parcours de la population contribue à créer un puissant moteur de solidarité et de cohésion sociale. Réunis autour d’objectifs et d’enjeux communs, tous travaillent à bâtir des communautés fortes, responsables et unies qui savent faire preuve d’empowerment.

Ancrée dans la réalité, Henriette Konté a bien conscience qu’il reste encore du travail à faire pour offrir des chances égales à tous. Qu’il s’agisse, par exemple, d’embaucher des personnes issues de la communauté noire ou de reconnaître les acquis et l’expérience professionnelle du pays d’origine, l’écart se creuse inévitablement. Le but ultime? Mettre fin aux préjugés dans leur ensemble, mais malgré les écueils qui se dressent encore, elle a bon espoir que nous y arriverons.

Quand il est question d’inclusion économique et sociale, cela demeure encore un enjeu pour les personnes issues des minorités visibles. »

Selon elle, l’inclusion a toujours été un sujet d’actualité, mais c’est aussi un concept qui fait partie des angles morts de la communauté. Il a malheureusement fallu de récents événements tragiques pour qu’on s’y intéresse à nouveau. Bien que cela soit triste, elle souhaite ardemment que ce soit le début d’une transformation réelle.

« L’inclusion, c’est le mieux vivre ensemble et je ne crois pas que cela tienne de l’utopie. Par contre, quand il est question d’inclusion économique et sociale, cela demeure encore un enjeu pour les personnes issues des minorités visibles. »

Henriette Konté dresse un très beau portrait de son quartier qui est sans aucun doute un modèle de communauté inclusive, par la belle cohabitation de personnes d’origines diverses, par l’engagement citoyen de sa population et par sa vision collective du développement social et communautaire. « À Saint-Laurent, nous avons compris que notre diversité était une richesse et non un frein au développement de notre communauté. »

En favorisant la prise en charge individuelle, le milieu réussit à prendre les bonnes décisions et à mettre en place des actions pertinentes pour garantir la pérennité de ce que nous avons de plus précieux.

« Au Centre d’action bénévole et communautaire Saint-Laurent que je dirige depuis 14 ans, nous avons compris qu’en unissant nos forces, nos talents, nos expertises, nos compétences, nous ne pouvons qu’être qu’une communauté qui se distingue par sa cohésion sociale, son unité, son harmonie. Il est important pour nous de donner plus de pouvoir aux individus et aux groupes pour agir sur les conditions sociales, économiques et politiques d’une communauté. Nous sommes de véritables agents de changement et ensemble nous avons le pouvoir d’agir. »
 

Un rêve

« Je rêve du jour où on ne verra plus de discrimination basée sur la couleur de la peau, sur le sexe, la religion et l’échelon social. Je rêve d’une société inclusive et ouverte à l’autre qui vise, d’abord et avant tout, l’intérêt collectif. »

Grâce à cette initiative de commémoration de l’histoire des Noirs, Henriette Konté le sait : c’est ensemble que nous faisons un pas de plus pour qu’un jour son rêve devienne réalité.